Réadaptation post-AVC pour les personnes bilingues

Les lésions au cerveau peut causer une aphasie

Parmi les séquelles associées à un AVC, on retrouve notamment des difficultés de communication qui peuvent affecter la compréhension et/ou l’expression. On appelle cela l’aphasie. Les personnes qui vivent une aphasie post-AVC risquent de rencontrer des défis lors des conversations avec leurs proches et pour participer dans certains contextes sociaux. Les incapacités provoquées par l’aphasie peuvent s’avérer très frustrantes. Heureusement, les orthophonistes peuvent offrir un accompagnement précieux dans un contexte de réadaptation post-AVC.

Dans l’article qui suit, on vous parle du cas particulier des personnes bilingues qui suivent une réadaptation post-AVC. En effet, le bilinguisme présente des défis cliniques particuliers pour les orthophonistes qui accompagnent une personne aphasique.

Un mot sur l’aphasie

On estime qu’environ un tiers (30 %) des personnes qui subissent un AVC vivent par la suite avec l’aphasie. Il existe différents types d’aphasie selon la localisation des lésions dans le cerveau. Selon le type, il peut s’agir d’une aphasie affectant principalement le langage expressif ; la personne a de la difficulté à dire les bons mots, ceux-ci sont en désordre ou ne veulent rien dire. Dans le cas de l’aphasie affectant le langage réceptif, c’est la compréhension du discours d’autrui qui est complexifiée.

Nous avons consacré un article complet à l’aphasie sur notre blogue. Vous y trouverez des détails quant aux difficultés de communication particulières que ça peut causer, de même qu’au sujet du processus de réadaptation post-AVC en orthophonie.

L’effet du bilinguisme sur la récupération des fonctions cognitives

Avant de parler des défis particuliers que pose le bilinguisme dans un cas de réadaptation post-AVC, nous souhaitions partager avec vous les résultats d’une étude.

Des chercheurs de l’Université d’Édimbourg en Écosse ont suivi 600 personnes ayant été victimes d’un AVC. En évaluant leurs fonctions cognitives et les impacts de l’accident sur ces dernières, ils ont remarqué que 40,5 % des personnes bilingues ou multilingues avaient des fonctions cognitives normales à la suite de leur AVC. Chez les personnes unilingues, cette proportion se trouvait à seulement 19,6 %.

Les chercheurs croient que le fait de parler plus d’une langue a un effet bénéfique sur les réserves cognitives, c’est-à-dire la capacité du cerveau à encaisser les lésions cérébrales en misant sur les connexions neuronales préexistantes ou en en activant de nouvelles. Ces réserves permettraient de pallier les dommages causés par un AVC ou par un autre type d’accident, par exemple un traumatisme cranio-cérébral. Cela pourrait aussi avoir un effet préventif pour la démence chez les personnes vieillissantes.

Le cas particulier des personnes bilingues pour la réadaptation post-AVC en cas d’aphasie

Malgré les avantages potentiels en ce qui a trait à la récupération de leurs fonctions cognitives, les personnes bilingues et aphasiques représentent des cas particuliers pour la réadaptation en orthophonie. Or, avec le nombre grandissant de nouveaux arrivants qui s’installent au pays, combiné au vieillissement de la population, il y a fort à parier que ces cas deviendront de plus en plus courants.

Le profil de chaque personne bilingue doit être considéré et doit orienter le travail de l’orthophoniste. Tout d’abord, il est important de savoir à quel âge s’est faite l’acquisition de la langue seconde et comment son utilisation s’est développée tout au long de la vie de la personne. Il faut aussi considérer les différents contextes où la langue première (L1) et la langue seconde (L2) sont utilisées, notamment à la maison, au travail, lors des activités sociales, etc. On doit aussi évaluer l’utilisation du langage par la personne bilingue sous toutes ses formes : langage oral, lecture et écriture.

Il faut comprendre que les bilingues ont une langue dominante qu’ils utilisent plus fréquemment dans des contextes et des formes variés. Le bilinguisme s’accompagne souvent d’habitudes langagières qui sont propres aux personnes qui utilisent deux langues. Ces individus peuvent par exemple mélanger des mots provenant des deux langues lorsqu’ils s’adressent à une autre personne bilingue. Ils peuvent aussi construire les phrases lorsqu’ils s’expriment avec la L2 en utilisant la forme grammaticale utilisée avec la L1 (transferts grammaticaux).

Bref, l’expérience de la personne avec la L1 et la L2, les contextes dans lesquels chaque langue est utilisée, de même que les habitudes langagières ont un impact direct sur le profil de chaque personne aphasique. Cela oriente donc les interventions de réadaptation en orthophonie.

La réadaptation en orthophonie chez les personnes bilingues

De façon générale, on récolte d’abord des informations qui permettent de dresser le profil de la personne bilingue. Pour ce faire, on peut utiliser des questionnaires auprès de ses proches. Cela permet de dresser un portrait plus précis de l’utilisation des deux langues chez la personne, avant qu’elle subisse un AVC. On récolte ainsi des informations précieuses quant à sa maitrise des deux langues, mais aussi par rapport aux contextes d’utilisation de celles-ci. On effectue ensuite un test d’aphasie dans les deux langues. Le test est adapté aux points de vue linguistique et culturel pour chaque langue dans laquelle il est administré. Ce test permet de bien comprendre les effets de l’aphasie dans chacune des langues et sur les différentes formes de langage.

Par la suite, le plan d’intervention est mis sur pied, à la lumière des informations collectées grâce aux questionnaires avec les proches et au test d’aphasie. Les séances d’orthophonie incluent des activités dans les deux langues, dans le but de permettre à la personne de retrouver ses habiletés langagières pré-AVC. Lorsque ce n’est pas possible, on vise à ce qu’elle retrouve des habiletés suffisantes pour lui permettre de communiquer efficacement dans les différents contextes sociaux. L’orthophoniste peut également prodiguer des conseils aux proches d’une personne aphasique, afin de faciliter les échanges avec cette dernière.

 

Pour une réadaptation post-AVC en orthophonie à Québec, l’équipe du Centre Mosaïque saura mettre son expertise à profit pour vous offrir un soutien concret, à vous-même ou à un proche. N’hésitez pas à nous consulter !

Approuvé par Geneviève Fily-Paré
Diplômée de la maitrise en orthophonie à l’université Laval, Geneviève y a également complété un baccalauréat en Service social.
Geneviève Fily-Paré, M.Sc.O(C) Orthophoniste

On déménage ! Dès le 30 mai 2022. Nouvelle adresse : 1055 rue Saint-Vallier Ouest, Québec.