Les écrans nuisent-ils vraiment au développement du langage chez les enfants ?

Un jeune garçon utilise des écrans pour de divertir

Les écrans font désormais partie du quotidien des familles. Télévision, tablette, téléphone intelligent : il est difficile, voire souvent irréaliste, de les éliminer complètement de la vie des enfants. Or, de nombreux parents s’inquiètent de leur impact sur le développement du langage. Les écrans nuisent-ils réellement à l’acquisition du vocabulaire, à la compréhension et à l’expression orale ? Et surtout, comment les utiliser de façon plus saine et bénéfique ?

En orthophonie, la réponse n’est pas tout blanc ou tout noir. Les recherches montrent que ce n’est pas seulement le temps d’écran qui compte, mais surtout la manière dont il est utilisé.

Ce que dit la recherche scientifique sur les écrans et le langage

Plusieurs études ont mis en évidence un lien entre une exposition élevée aux écrans et certaines difficultés langagières chez les jeunes enfants.

Une méta-analyse publiée dans JAMA Pediatrics rapporte qu’un temps d’écran plus important est associé à des compétences langagières plus faibles, particulièrement lorsque l’enfant est exposé de façon passive et sans interaction avec un adulte. Les chercheurs soulignent notamment une diminution des échanges verbaux, pourtant essentiels au développement du langage.

D’autres travaux montrent que le temps passé devant un écran est lié à une réduction du nombre de mots entendus par l’enfant ainsi qu’à une baisse des tours de parole entre l’adulte et l’enfant. Ce sont là des éléments clés pour l’acquisition du langage oral.

Une revue scientifique publiée dans la revue Children (MDPI) va dans le même sens : une exposition accrue aux écrans est associée à des habiletés langagières plus faibles à l’âge préscolaire.

Pourquoi les interactions humaines sont-elles essentielles au développement du langage ?

Le langage se développe avant tout dans l’échange. Pour apprendre à parler, l’enfant a besoin de vivre des situations où il peut écouter, répondre, poser des questions, être corrigé doucement et encouragé.

Un écran utilisé seul ne permet pas cette interaction dynamique. Même un contenu éducatif de qualité ne peut remplacer une conversation réelle, un jeu symbolique ou une lecture partagée. Les études montrent toutefois que lorsque l’adulte est présent et actif, les effets négatifs du temps d’écran diminuent significativement.

C’est donc moins l’écran que l’absence d’échanges autour du contenu regardé qui pose problème.

Miser sur des solutions réalistes et bienveillantes

Plutôt que de viser l’élimination complète des écrans, une approche plus constructive consiste à accompagner l’enfant et à transformer ces moments en occasions de communication. L’un des premiers éléments importants est d’établir un cadre clair autour de l’utilisation des écrans. Ça inclut notamment de limiter la durée quotidienne, éviter les écrans pendant les repas, prévoir des moments précis dans la journée et s’assurer qu’ils ne remplacent pas les interactions, les jeux ou les routines familiales.

Lorsque des règles simples et constantes sont mises en place, l’enfant comprend mieux quand et comment les écrans s’intègrent dans son quotidien, ce qui favorise un usage plus équilibré.

Voici également d’autres pistes de solutions à explorer pour que le temps d’écran soit aussi synonyme d’apprentissages et favorable au développement des aptitudes langagières chez les jeunes.

Privilégier la qualité du contenu

Tous les contenus ne se valent pas. Les programmes conçus pour encourager la participation de l’enfant, poser des questions ou stimuler la réflexion sont préférables aux contenus rapides et passifs. La qualité du message, le rythme et la clarté du langage utilisé ont un impact direct sur l’apprentissage.

Regarder les écrans avec l’enfant

Le co-visionnement est l’un des facteurs les plus protecteurs. Nommer ce qui apparaît à l’écran, poser des questions, faire des liens avec le quotidien ou encourager l’enfant à raconter ce qu’il voit permet de soutenir activement le développement du langage.

Faire des liens avec la vie quotidienne

Un écran peut devenir un point de départ pour enrichir le vocabulaire. Par exemple, après une vidéo sur les animaux, il est possible de reparler des animaux dans un livre, lors d’une promenade ou pendant une période de jeu. Ces répétitions dans différents contextes renforcent l’apprentissage.

Préserver des moments sans écrans

Les routines quotidiennes sans écrans demeurent essentielles : jeux libres, lecture d’histoires, chansons et comptines, repas en famille avec échange, etc. C’est dans ces moments que l’enfant est le plus exposé à un langage riche et adapté à son niveau.

Repères pratiques pour les parents

Les organismes de santé publique s’entendent sur l’importance de limiter l’exposition aux écrans chez les jeunes enfants. C’est surtout vrai dans les premières années de vie, où le cerveau se développe rapidement grâce aux interactions humaines.

La Société canadienne de pédiatrie recommande notamment :

  • Aucun temps d’écran pour les enfants de moins de 2 ans, à l’exception des appels vidéo avec des proches ;
  • Pour les enfants de 2 à 5 ans, un maximum d’environ une heure par jour, idéalement moins ;
  • Au-delà de 5 ans, un usage encadré, avec des contenus de qualité et, lorsque possible, en présence d’un adulte pour favoriser les échanges, c’est toujours à privilégier.

Ces recommandations visent surtout à préserver du temps pour les activités essentielles au développement du langage, telles que mentionnées précédemment.

Le rôle de l’orthophonie dans l’accompagnement des familles

En orthophonie, l’objectif n’est jamais de faire culpabiliser les parents, mais de les outiller. Chaque famille évolue dans un contexte différent, avec ses réalités et ses défis. Une orthophoniste peut aider à évaluer le développement du langage de l’enfant, à identifier les facteurs qui peuvent l’influencer, dont l’usage des écrans, et à proposer des stratégies concrètes adaptées au quotidien familial.

Lorsque les écrans sont utilisés de façon réfléchie, accompagnée et équilibrée, ils peuvent s’intégrer à la vie de l’enfant sans nuire à son développement langagier. En misant sur la qualité du contenu, l’accompagnement parental et la richesse des échanges au quotidien, il est possible de soutenir le développement du langage tout en respectant la réalité des familles d’aujourd’hui.

Approuvé par Geneviève Fily-Paré
Diplômée de la maitrise en orthophonie à l’université Laval, Geneviève y a également complété un baccalauréat en Service social.
Geneviève Fily-Paré, M.Sc.O(C) Orthophoniste
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