Le mutisme sélectif en 5 points

Une fillette fait du mutisme sélectif

Votre enfant demeure-t-il silencieux à la garderie ou à l’école, alors qu’il est généralement assez loquace avec les membres de sa famille ? Vous associez peut-être ce comportement à de la gêne. Mais est-ce vraiment par gêne que votre enfant refuse de parler ou d’avoir des interactions avec ses camarades, ou serait-ce plutôt le signe d’un problème plus sérieux ? Nos orthophonistes de Québec abordent dans ce qui suit le mutisme sélectif, un trouble qui survient parfois chez les jeunes enfants, méritant d’être reconnu et pris en charge.

 

Qu’est-ce que le mutisme sélectif ?

« Refus ou incapacité physique de parler » ; « Attitude, état d’une personne qui se tait, refuse de parler ». Voilà les définitions du mutisme. Dans le cas présent, l’ajout du terme « sélectif » fait référence au fait que le refus ou l’incapacité de communiquer ne se produit que dans certains contextes sociaux.

 

Précisons que le mutisme sélectif est un trouble de la communication qui, chez l’enfant, survient souvent alors qu’il fait son entrée dans un nouveau milieu. En effet, un enfant se sent généralement à l’aise et en confiance lorsqu’il se trouve à la maison avec ses parents, ses frères et ses sœurs pour s’exprimer librement. Toutefois, on dénote une incapacité ou un refus à parler dans des situations sociales précise, par exemple dans la classe ou devant des inconnus.

 

Il est facile d’associer ce comportement à une gêne excessive. En effet, les enfants qui font du mutisme sélectif ont souvent tendance à se retirer par eux-mêmes des situations où ils seraient forcés à parler. On dénote aussi une dépendance aux parents et, dans certains cas, des comportements d’oppositions. Or, il ne faut pas s’arrêter aux premières impressions que ces comportements peuvent susciter en nous, les parents.

 

En quoi est-ce différent de la gêne ?

Dans la majorité des cas, le mutisme sélectif est un symptôme sous-jacent d’un problème plus large : l’anxiété. Il ne faut toutefois pas penser que le problème est associé à un événement traumatique distinct qui a été vécu par l’enfant. En effet, il s’agit d’un réel trouble de la communication qui doit être pris en charge, puisqu’il est souvent le signe d’un trouble anxieux. On estime aussi que la prévalence du mutisme sélectif est plus élevée chez les enfants de parents qui composent eux-mêmes ou qui ont composé avec un trouble anxieux.

 

Il ne faut pas croire que le mutisme de l’enfant est un comportement volontaire qui a pour but de provoquer les camarades ou les parents. En effet, on constate souvent lors de consultations avec un enfant qui fait du mutisme sélectif qu’il désire communiquer et entrer en contact avec les autres, mais qu’il a peur de le faire.

 

Les conséquences du mutisme sélectif

Dans le cas du mutisme sélectif chez l’enfant, il est primordial de considérer le problème dans sa globalité. Il convient généralement d’intervenir pour déterminer les causes de l’anxiété qui est vécue par l’enfant pour ainsi agir sur ces dernières et vaincre le mutisme. C’est pourquoi, conjointement à l’intervention de l’orthophoniste pour encourager la communication chez l’enfant, des consultations auprès d’un psychologue sont souvent nécessaires.

 

Bien qu’il soit possible de vaincre le mutisme sélectif sans intervention de professionnels, leur expertise demeure importante. En effet, un trouble anxieux et le mutisme sélectif qui en découle, sans prise en charge efficace, peuvent provoquer un lot de problématiques chez un enfant lorsqu’il vieillira. Parmi celles-ci, on retrouve l’isolement social, un risque accru de vivre de l’intimidation ainsi que des troubles d’apprentissages, car l’enfant n’a pas accès à toutes les ressources dont il a besoin (s’il ne les demande pas). Ces problèmes peuvent à leur tour affecter la réussite scolaire, l’épanouissement sur le plan social et mener à des problèmes de santé mentale.

 

Mon enfant fait du mutisme sélectif, comment l’aider ?  

Avant de consulter, il est possible pour un parent de mettre certaines stratégies en place pour aider l’enfant à communiquer et à s’exprimer. Cela se produit majoritairement en instaurant un climat de calme et de confiance autour de l’enfant. En ce sens, voici de brefs conseils de nos orthophonistes :

  1. Évitez de communiquer votre stress ou des émotions négatives : si vous montrez de la colère ou êtes stressé lorsque votre enfant est appelé à s’exprimer, mais qu’il ne le fait pas, vous risquez d’aggraver son anxiété.
  2. Ne faites pas de pression sur votre enfant pour le forcer à parler : ne forcez jamais votre enfant à parler et ne le faites pas sentir mal lorsqu’il refuse de le faire. Il est aussi déconseillé de récompenser l’enfant à outrance, puisqu’il s’agit là d’une autre forme de pression.
  3. Adoptez des comportements sains : il vaut mieux montrer sa gratitude à votre enfant lorsqu’il s’exprime, en lui communiquant votre fierté plutôt qu’en le couvrant de compliments et d’éloges. Dans le cas contraire, encouragez-le à exprimer ses sentiments lorsque vous remarquez qu’il est anxieux ou lorsqu’il refuse de parler dans un contexte particulier.
  4. Prévoyez des moments de qualité avec votre enfant : ces moments de qualité, passés seuls avec votre enfant, sont importants pour lui donner la confiance dont il a besoin. Ce sont de bonnes occasions pour jouer à un jeu, faire du bricolage, lire une histoire, bref de faire des activités qui favorisent les échanges, sans mettre trop de pression sur l’enfant.
  5. Impliquez les intervenants scolaires : prendre en charge un problème de mutisme sélectif, ça prend l’implication de plusieurs personnes, qui doivent toutes travailler dans la même direction. N’hésitez pas à en parler avec l’enseignant et les autres intervenants scolaires de l’enfant ; ils sauront sans doute s’adapter à cette situation particulière.

 

L’intervention en orthophonie

Puisque le mutisme sélectif est un trouble de la communication, les orthophonistes sont qualifiées pour intervenir auprès des enfants qui y font face. La prise en charge du mutisme sélectif est un travail d’équipe, qui peut impliquer plusieurs personnes : l’enfant, ses parents, l’enseignant et les intervenants scolaires, un psychologue et une orthophoniste. Lorsqu’il y a un suivi en psychologie pour la prise en charge du trouble anxieux, l’intervention en orthophonie doit alors se faire conjointement et à la lumière des informations fournies par le thérapeute.

 

Avec un enfant qui fait du mutisme sélectif, l’orthophoniste doit d’abord établir un lien de confiance avec celui-ci et développer un rapport positif qui encouragera le jeune à communiquer. Différentes stratégies sont alors mises en place lors des interventions afin d’encourager les échanges verbaux. Cela passe par la réalisation de jeux et d’activités ludiques, pour placer l’enfant dans des situations où il sera motivé à parler et à échanger. De plus, lorsque l’enfant progresse, l’orthophoniste est en mesure d’exposer graduellement l’enfant à des contextes qui provoquent généralement de l’anxiété et le mutisme. On peut par exemple commencer les interventions dans un bureau avec la porte fermée, pour ensuite se déplacer graduellement vers des lieux ouverts, où d’autres personnes pourront entendre l’enfant lorsqu’il s’exprime. Le but ici est de désensibiliser l’enfant face aux situations anxiogènes.

 

Bien entendu, l’orthophoniste est également en mesure de conseiller aux parents et aux intervenants scolaires de l’enfant des stratégies personnalisées pour favoriser la communication, et ce, de façon saine ! En cas de besoin, n’hésitez pas à consulter en orthophonie à Québec auprès de l’équipe du Centre Mosaïque.

 

Approuvé par Geneviève Fily-Paré
Diplômée de la maitrise en orthophonie à l’université Laval, Geneviève y a également complété un baccalauréat en Service social.
Geneviève Fily-Paré, M.Sc.O(C) Orthophoniste